A la fin de sa vie, de 1961 à 1970, le plus grand pianiste français du XXe siècle s’engagea dans l’enregistrement d’une intégrale des œuvres pour piano de Debussy, mais il mourut avant de pouvoir l’achever (il manque ainsi les Études, Livre I). A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance du compositeur, EMI Classics propose pour la première fois l’intégralité de ces enregistrements réunis à petit prix dans un coffret de 3CD entièrement remasterisés.
Samson François joua toujours Debussy, et l’absolue primauté qu’il lui a donnée au côté de Chopin durant toutes les années soixante, montre à quel point cet univers a pu le fasciner. Le parallèle évident entre Chopin et Debussy s’est certainement imposé à Samson. Il fut le premier pianiste à proposer au public parisien des concerts qui lui étaient entièrement consacrés, et le succès de ces soirées fut à la mesure des espoirs du pianiste. Comment expliquer qu’il l’ait enregistré si tardivement ? Un récital, gravé en 1961, comprenant 4 Préludes du premier livre, la 11e Etude du second livre, deux extraits de la Suite bergamasque et La plus que lente est tout entier dominé par une Isle Joyeuse éblouissante, comme irisée par le grand soleil de midi, et par une version dionysiaque du cycle Pour le piano, montrant combien le jeu de Samson François renouvelait considérablement l’approche trop impressionniste pratiquée jusque là. Il tarda certainement à remettre Debussy sur le piano du studio d’enregistrement car il avait vraisemblablement, dès cette époque, l’intention de graver l’intégrale d’une œuvre pianistique qu’il n’avait pas encore totalement mise à son répertoire. Huit années plus tard, Samson s’attellera enfin à cette intégrale que le premier infarctus allait compliquer jusqu’à la laisser inachevée.



