Un bouquet d’héroïnes cruelles, passionnées et vulnérables empruntées à quelques chefs-d’œuvre de la tragédie lyrique : Véronique Gens réussissait avec « Tragédiennes » un véritable tour de force. De Lully jusqu’à Gluck, elle parcourait la gamme des sentiments, habitant le verbe et les notes avec un art subtil de l’incarnation. Toujours guidée par Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, la soprano récidive aujourd’hui avec un second florilège de femmes marquées au sceau du destin.
Ce deuxième volet est construit, comme le premier, avec autant d’esprit que de soin. Gluck et Rameau sont toujours présents, à la manière d’un trait d’union entre les deux récitals, mais ici c’est pour ouvrir la voie en direction de Berlioz – qui, comme on le sait, vénérait Gluck. Véronique Gens et ses complices nous entraînent dans un passionnant jeu de piste, où rivalités et influences dessinent les contours d’un nouvel opéra français. Grétry (Andromaque), Sacchini (Dardanus, Œdipe à Colonne, Renaud), Piccinni (Didon) ou Arriaga (Herminie) nous en livrent des exemples accomplis.
Que ce soit par la faconde et la vitalité débordante des uns ou grâce à la déclamation génialement calibrée des autres, le naturel peut bien emprunter différentes voies : partout il triomphe. Et c’est parce qu’elle est portée par des interprètes à la sensibilité frémissante, que cette vérité dramatique nous touche, à travers les siècles. La magie de Véronique Gens opère, comme jadis celle d’Orphée sur les Furies.
Véronique Gens - Paris, Opéra Bastille
Mozart : Don Giovanni - Orchestre de l'Opera de Paris / P. Jordan, P. Mattei, P. Petibon






